Praxis poétique – Et ils continuèrent de tordre l’ambiance

A Redon, je les ais vu.es s’éclater, s’enivrer. 

J’ai entendu les palpitations des corps, les êtres de nouveau respirer.

J’ai vibré au rythme des bruits, rêvé à l’hymne des nuits.

J’ai vu les gens brandir leur jeunesse, s’offrir dans la liesse.

J’ai senti les effluves des pores, les écumes alcoolisées.

Mais j’ai pleuré.

J’ai pleuré devant les grêles de LBD.

J’ai pleuré devant le linceul lacrymogénique.

J’ai pleuré devant les pluies de grenades, déchirant les éthers de la débauche.

Ils ont pleuré face au silence des mines spartiates.

Ils ont crié pour éteindre le martèlement des bottes brunes.

Ils ont valsé pour dévaster leur violence.

Eux ont détruit acharnés pour se défouler.

Ils ont exulté plus fort que le sound system rapiécé.

Ils ont chanté contre les claquements de la répression.

Mais le devoir nous appelait déjà.

La main médiatisée déjà oubliée, place aux ébats politiques.

Place aux injonctions pieuses de l’isoloir, symbole de la division.

Les jeunes cessez de bouger, c’est pour l’élection.

Les jeunes taisez vos espoirs et placez les dans vos bulletins.

Les jeunes, ceci dit, polissez vos comportements et bossez, c’est pour la sélection.

Aujourd’hui c’est l’éloquence forcée, ne riez point ni ne buvez.

Demain c’est la contention assurée, à moins d’opter pour la révolte solipsiste, prisonnière des feu-follets technicistes.

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