Praxis poétique – Et ils continuèrent de tordre l’ambiance

A Redon, je les ais vu.es s’éclater, s’enivrer. 

J’ai entendu les palpitations des corps, les êtres de nouveau respirer.

J’ai vibré au rythme des bruits, rêvé à l’hymne des nuits.

J’ai vu les gens brandir leur jeunesse, s’offrir dans la liesse.

J’ai senti les effluves des pores, les écumes alcoolisées.

Mais j’ai pleuré.

J’ai pleuré devant les grêles de LBD.

J’ai pleuré devant le linceul lacrymogénique.

J’ai pleuré devant les pluies de grenades, déchirant les éthers de la débauche.

Ils ont pleuré face au silence des mines spartiates.

Ils ont crié pour éteindre le martèlement des bottes brunes.

Ils ont valsé pour dévaster leur violence.

Eux ont détruit acharnés pour se défouler.

Ils ont exulté plus fort que le sound system rapiécé.

Ils ont chanté contre les claquements de la répression.

Mais le devoir nous appelait déjà.

La main médiatisée déjà oubliée, place aux ébats politiques.

Place aux injonctions pieuses de l’isoloir, symbole de la division.

Les jeunes cessez de bouger, c’est pour l’élection.

Les jeunes taisez vos espoirs et placez les dans vos bulletins.

Les jeunes, ceci dit, polissez vos comportements et bossez, c’est pour la sélection.

Aujourd’hui c’est l’éloquence forcée, ne riez point ni ne buvez.

Demain c’est la contention assurée, à moins d’opter pour la révolte solipsiste, prisonnière des feu-follets technicistes.

A mes ami.e.s

Lettre aux condamné.e.s d’un monde guerrier en phase d’assoupissement.

A mes ami.e.s,

Nous sommes décidément bien seul.e.s. On veut nous réduire à l’oubli alors que nous aspirons seulement à l’anonymat fédérateur. On veut nous abattre car nous sortons du cadre. Nous osons défier, renaître, s’assembler, re-composer, cesser de participer et faire sécession vers des micro-ailleurs.

Or ce repli nécessite une myriade d’allié.e.s. Des fonctionnaires-actionnaires, des traits d’union du système, des affranchi.e.s esclavagisé.e.s qui sont avec nous mais qui se contentent de regarder. Ceux.celles qui sucent la main prodigue mais arrivent au stade de la satiété. Ceux.celles qui sont proches de la rupture mais qui n’irons pas jusqu’à l’extinction complète des feux cannibales. Bref, ceux.celles sur qui l’on peut compter sans en espérer rien d’autre. Mais des appuis, des soutiens en mesure de désobéir et de désordonner l’itinéraire figé des flux.

Malheureusement, ils se perdent et s’amenuisent. Ils nous trahissent. Ils se dé-s’allient. Pourquoi ? La corne d’abondance se remplit à nouveau et attire ses réfractaires, ses anciens nourrissons. Les fruits démentiels se répandent et rapatrient ceux.celles qui n’ont pas été sages. La punition est le perpétuel gavage télévisuel, stimulationnel, sériel. On est pulvérisé dans le vaste écran d’une société qui spécule et qui spectacle. En fournissant à Europol des données pourtant certifiées comme étant protégées par le serveur, ProtonMail a pactisé avec nos bourreaux. Il a sacrifié notre confiance au nom de la soumission volontaire. Qu’avait-elle à y gagner ? Peu de chose, sinon une amitié politico-policière auto-proclamée légitime en vertu de lois qu’ils ont eux-seuls forgé. Nos ami.e.s d’hier n’ont pas obéi à la volonté générale mais à celle de quelques-un.e.s. L’autorité fait loi.

Parmi vous se trouvent des partisan.e.s du compromis. J’entends, des militant.e.s qui veulent convaincre les masses et réfutent le risque de la marginalité. L’action dissonante et tranchante, qui se distingue, sabote, éperonne, interrompt. On invoque la dangerosité, la décrédibilisation. Seulement, ce discours ne répond plus. Il n’a jamais répondu. Il flash-informe, il mobilise ponctuellement, il s’événementialise. Dans la temporalité politique professionnelle, il lui est inhérent et, malgré cela, ne gagne pas, ne gagnera pas, ne gagnera jamais. Les mers, les terres, les milieux succombent sous nos yeux, à travers des médium numérisés. Nous revêtons des lunettes qui atrophient l’action. En réalité, l’attrait des masses, construites idéologiquement pour donner vie à l’illusion, tue le temps qui reste, massacre les débris d’espoir. Quand le béton nous tombera dessus, effondrera nos mouvements, détruira nos poumons, alors, peut-être, le nombre – la quantité est plus mesurable que la masse, se soulèvera.

Le tableau est noirâtre. Le tableau est déchiré sans même être achevé. Les allié.e.s quittent pour rejoindre tandis qu’il faudrait quitter pour s’enfuir. Les nôtres, la plupart, croit dans les religions du passé, qu’essaient encore de nous imposer les organisations. Les contre-insurgé.e.s nous enterrent toujours plus en profondeur. Nous ne pouvons même plus miser sur la sécurité minimale. Nos échanges sont captés, nos actes prédis, nos luttes condamnées, nos singularités radicales prises comme des individualités.

Mes ami.e.s, les dernier.ère.s, controns cet état d’endormissement qui se démocratise. Une léthargie unique, puisqu’elle a lieu dans un monde qui périclite, qui disparaît et qu’on abandonne délibérément. Rendons-nous le cœur ouvert et hors du cœur, c’est-à-dire sacrifié pour toi, moi, nous, sur les champs de non-bataille. Les champs qui résistent désarmés, totalement indifférents et défaits des composantes du dominant. Se liguer contre avec l’imaginaire, les matériaux, le langage, les lieux, l’histoire des ennemis – omniscients, certes – ne mènera nulle part, si ce n’est vers un combat contre nous-mêmes.

Pour cela, pratiquons le contre-oubli et la ré-union, la spontanéité dé-programmatique, édifions l’irréalité réelle – la fusion réalisée des mondes dans le monde, afin d’anarchiser, de ralentir, de communier et, finalement, de créer sans.

Ode aux jardins morts-vivants (mais plus vivants que morts)

Vers 6 heures, ce jeudi 2 septembre, la répression d’une lutte inédite a tué des terres et des ouvrier.ères.

Aujourd’hui, les jardins à défendre (JAD) sont morts.

Mais tout le monde s’en fout.

Les machines de la machine sont venues, ont vu, ont vaincu. Un matin, dès l’aube, un jeudi, en septembre, nuageux, la chaleur montante, l’immédiateté de la destruction a mâté le vivant réel et ses défenseur.euses.

Les tenant.es du progrès ont raison. Comme ils le glorifient eux-mêmes, ils sont la raison. La raison face à l’hérétique fait de se nourrir, de partager, de réparer, de vivre. La raison technique et “profitique” contre la simplicité complexe de la lutte et de l’espoir. Finalement, la puissance du nombre et des moyens d’un côté et la force collectivisée et matérialisée de la sagesse de l’autre.

Plus trivialement, grâce à leurs bulldozers et leur police, les intérêts capitalo-politiques ont marché sur Aubervilliers. Au mépris de son air, de ses populations, de ses terres, des sentiments, des liens et des amitiés. Au nom d’un avenir certain, assuré, vanté paisible, jouasse, divertissant, spectaculaire. Ça y est, le tapis rouge est déroulé pour accueillir les plaisirs et l’argent maculés du sang de ceux d’ores et déjà oublié.es.

Êtes-vous conscient.es ? Non, pour vous, après la guerre, Paris est une fête. Paris est grand, Paris s’agrandit. Un Paris qui, pour ce faire, expulse, détruit, punit. Des télés, des idoles, des éclaboussures d’opulence (et de prestance globalisée) valent mieux que le silence d’un plan de tomates ou que le chant des oiseaux. Le bonheur de quelqu’un.unes, l’asservissement des publics, écrasent le quotidien des rêveur.euses. Je veux dire, ceux qui rêvent de manger suffisamment et de se lever sereinement.

Le 2 septembre 2021, les constructeur.euses ont regardé le film de leur disparition. Leurs barricades, leurs murailles, leur attirail auto-défensif ont été éclipsé.es par les bâtisseur.euses. Bientôt, le béton recouvrira les verres de terre, les cultures, le bois, l’humide, les racines et clôturera le passé. Car il s’agit, tout bonnement, d’une tentative d’effacement des mémoires, d’une éradication du toujours pour l’édification de l’après.

J’espère, malgré cela, que des temps heureux nous attendent. En fait, j’y crois. Je n’y croyais plus. Mais la succession des échecs, des volontés d’anéantir et de saccager ce qu’il reste sème les pousses des résistances. Ces expériences prospèreront, ces luttes gagneront. Ce qui est éphémère ne doit son existence qu’à un artefact chimérique, tandis que ce qui est là existe justement parce qu’il donne de sa présence et se manifeste. 

Sachez une chose : s’ils braquent leurs armes vers nous, c’est parce qu’ils sont terrifié.es. Et non l’inverse.

Nous ne mourrons plus, eux s’éteindront.

Message des collectifs de lutte : un rassemblement de soutien se tiendra ce jeudi devant la marie d’Aubervilliers, à 18 heures. 

Pour aller plus loin : https://lundi.am/La-mobilisation-des-jardins-ouvriers-une-lutte-d-ecologie-populaire