Manifeste.

La répression ne spécule en définitive que sur la peur”, écrivait l’ancien écrivain et révolutionnaire russe Victor Serge. La répression ou reprimo, en latin : faire reculer en pressant, empêcher d’avancer, contenir. La répression, un terme qui renferme de vastes significations, de la psychanalyse à la science politique. La répression, plus qu’un terme, un phénomène protéiforme, instrument de contrôle par excellence, violent dans l’acte, respire, justement. La répression s’emploie, s’accroît, s’atrophie, est vécue. Elle se vit dans la chair et dans l’esprit. La répression terrorise bruyamment ou refoule à bas bruit. La répression, à elle-seule, méritait bien qu’on lui consacre une chronique pleine et entière. Mais pour mieux la cerner, la disséquer, en fouiller les méandres, comment elle s’immisce dans l’intime et, enfin, l’affronter. Certes, la répression est subie. Dès qu’elle est capturée et dénudée, sans idéologie ni mystique armure pour la protéger, la répression est renversée. “Mais la peur peut-elle suffire à combattre le besoin, l’esprit de justice, l’intelligence, la raison, l’idéalisme, toutes forces révolutionnaires manifestant la puissance formidable et profonde des facteurs économiques d’une révolution ?”, poursuivait naguère Serge. La répression, si elle suscite effroi et dépossède l’individu, évolue avec son antagonisme, la révolution. La révolution contre la répression. L’arc de la résistance contre l’axe des pouvoirs cyniques. La subversion contre la perversion. Toutefois, ces espérances, ni vaines, ni désespérées, sont, pour l’heure, capturées par ceux qui les craignent. Et, pour ainsi dire, doivent l’intégrer dans leur logiciel sans en reproduire, sous une autre forme, les excès. Autrement dit, pour s’en défaire, elles devront affronter la répression – tout en s’extrayant de ses déments aimants.

Il serait erroné de croire en son atténuation – mais plutôt en sa diffusion. Elle évolue et apprend, perdure et persiste, au sein de biotopes particuliers, les pouvoirs. Ensemble, ils fonctionnent en interdépendance et sont indissociables car la domination, qui ne se perpétue plus – enfin, comme ils aiment à nous le rappeler, dans le sang, naît et grandit en suspension. Cela se vérifie avec toujours plus d’acuité. De manière plus ou moins perceptible et endurée par les corps – ceux des militant.es, des journalistes, des lanceur.seuses d’alerte mais aussi des citoyen.nes silencieux.ses, qui meurent dans le silence – la répression tend à s’accentuer à mesure que les événements “désorganisationnels” se démultiplient – crises climatique, épidémique, politique… D’où, selon nous, la pertinence et l’importance de la comprendre, la confronter et la destituer.

Aujourd’hui, 43,6 % de la population mondiale vit dans des pays dont l’espace public est considéré comme étant ‘réprimé’.

CIVICUS Monitor